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Laurence Soulez

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Laurence est une jeune graphiste designer issue de Pennhigen, qui touche tant à l'illustration qu'à la Photo. Elle gagne en 2006 le premier Prix "Talent émergent" du concours internationnal de photo Nikon, et, en 2010, son affiche contre la Peine de Mort est sélectionnée par l'organisation poster 4 Tomorow. "Ma langue a fourchette" est son premier livre, issue d'un travail de collage et retouche à base de gravures anciennes.

INTERVIEW

Bonjour Laurence, tout d'abord, peux-tu décrire ton parcours jusqu'ici ?
Bonjour ! En 2006 je suis sortie diplômée de l'Essai Penninghen, depuis je suis photographiste, c'est à dire une sort de photographe un peu (beaucoup) graphiste ou, si vous préférez, de graphiste un peu (passionnément) photographe. Je fais cela en free-lance à Paris.

LAPSUS est ton premier livre, et parle de ces "fourchelangues" qu'on fait couramment dans la discussion et qui restent... depuis quand fais-tu la collection de ces perles ?
LAPSUS est un titre pratique mais ne recouvre pas exactement ce que j'ai cherché à illustrer. En fait, il s'agit plutôt de "barbarismes métaphoriques", c'est à dire des images créées involontairement par l'utilisation impropre de mots ou d'expressions tronquées. Voilà déjà deux ans que je les récolte au fil de conversation d'amis ou dans les restaurants, en laissant traîner l'oreille ou tout simplement en écoutant la radio, où ils abondent lors des interventions des auditeurs et parfois même dans la bouche des présentateurs (les vilains).

Quelles sont les difficultés rencontrées pour illustrer ces "barbarismes métaphoriques" ?
Il y a d'abord "la chasse", c'est à dire la recherche et la sélection de mes perles, qui dépend beaucoup de la chance.
Je dois dire que je dois beaucoup à mes amis et parents qui sont très vite devenus mes pourvoyeurs personnels, m'envoyant parfois ces "mots tronqués" du bout de la terre, à des heures pas toujours ouvrables, de peur d'oublier ces dérapages.
La deuxième difficulté a été de trouver les images correspondant à la "nouvelle image" créée. Comment la faire, par quoi, et puis, surtout, trouver le matériel visuel de gravure pour les illustrer. Des heures et des heures de recherches de gravures... Pour éviter de s'user les yeux, j'essayais de faire ça par fournée, en farfouillant dans de gros vieux livres de recueils de gravure. Fastidieux, mais quelle joie quand je trouvais l'image parfaite. Il m'a aussi fallu abandonner mon idée de départ, faute de la gravure idoine, alors il fallait trouver autre chose en se remémorant les gravures parcourues, ce qui, parfois, donnait des choses meilleures que l'idée initiale.

Y a t-il des "fourchelangues" que tu as renoncé à illustrer ?
Je ne renonce jamais.
Des "fourchelangues" sont en attente car je n'ai pas forcément trouvé la gravure ou le moyen de l'illustrer, il m'arrive d'ailleurs de dessiner moi-même la gravure quand rien ne semble correspondre et que je veux absolument mon image. En ce moment, je bloque sur "le corridor a affronté le taureau avec beaucoup de courage", mais croyez-moi, je vais finir par l'avoir, ce corridor.

Pourquoi avoir choisi le collage de gravure pour les illustrer ?
J'aime me jouer du côté respectable de la gravure.
Surtout que celles que j'utilise sont souvent des choses sages ou sérieuses, des scènes de la bonne société, des images tirées de revues scientifiques... C'est assez jouissif de les détourner pour en faire une image absurde.
J'aime le décalage qui en résulte.

A moins que je ne me trompe totalement, la gravure semble là plus pour le "rendu gravure" que pour la qualité intrinsèque du graveur. Il s'agit en général de graveurs/dessinateurs différents.

Cependant, j'imagine qu'il y a des graveurs qui t'inspirent ou qui ont tes faveurs ? Ou sont-ce toujours d'illustres inconnus dont tu détournes les images ?
Bien sûr, je me suis plongée dans les grands classiques : Gustave Doré, Rembrandt, Bonnard, Vuillard ou Dürer, mais rassurez vous, j'ai trop de respect pour ces grands maîtres pour aller les dépecer (ou alors peut être une fois ou deux, mais pas plus, je le jure). En général, c'est surtout dans les vieilles encyclopédies et les manuels techniques glanés à droite à gauche que je suis allée fouiner, ainsi que dans les vieilles illustrations des Jules Verne... Il y a d'ailleurs une pieuvre qui est tirée de 20000 Lieues sous les mers. Dans la mesure du possible, quand je travaille mes collages, j'essaie de ne pas dénaturer les gravures d'encyclopédie et de les garder dans leur jus.

Peux tu nous parler de l'histoire qui lie ces différentes images ?
Au départ, c'est plutôt un prétexte à créer une ligne narrative, un fil entre les différentes illustrations afin qu'on puisse lire le livre comme une histoire ou, au contraire, ouvrir au hasard et piquer une expression et une image. Avec Wandrille qui m'a suivie sur ce projet, nous avons cherché quelque chose qui puisse logiquement lier les images entre elles. Très vite, l'idée d'une conversation s'est imposée, ça tombait sous le sens, puisque chacun de ces "lapsus" est toujours né dans la bouche de quelqu'un. Nous avons décidé de placer cela au cours d'un dîner mondain, ce qui permettait de répartir entre beaucoup de personnages nos fourchelangues, sans qu'on ait l'impression d'avoir juste une personne incapable de s'exprimer sans écorcher son français.

L'histoire semble se passer au début du siècle...
Disons que c'est indéterminable. Il fallait que l'action soit raccord avec l'imagerie vieillotte qui l'accompagnait, donc, forcément, ça nous évoquait des gens en frac, queue de pie... Mais bien entendu, le livre est blindé d'incohérences et d'anachronismes... Il ne faut pas trop s'attacher au vraisemblable de l'histoire.

Certains noms de personnages évoquent des souvenirs de lecteurs...
Ça, c'est à Wandrille qu'il faut le reprocher. Il nous a casé des références au Petit Nicolas dans le nom des protagonistes.
Un hommage à Sempé et Goscinny. Je lui en laisse la responsabilité.

Quelles sont les références qui ont influencé ton travail d'auteur/graphiste/illustrateur ?
Je pense que l'influence de Michel-Ange est très sensible dans mon travail...
Plus sérieusement,  je pense à M&M ou encore au travail de Michel Bouvet qui fut mon maître de thèse à l'Esag.
En ce qui concerne ce livre, c'est plus particulièrement l'influence de Topor qu'on peut citer.

As tu d'autres d'autres "fourchelangues" en préparation ?
C'est un travail continu, j'ai une armée de contributeurs involontaires qui créent toujours de nouveaux jolis barbarismes qui m'évoquent des images comiques ou poétiques. Et comme ça m'amuse toujours autant, je ne compte pas m'arrêter en chemin, donc oui, il y aura sûrement un autre Lapsus si Martin, mon gentil merveilleux éditeur est partant. J'en profite d'ailleurs pour faire un appel : envoyez-moi vos plus beaux dérapages linguistiques à laurencesoulez@hotmail.fr

Peux-tu nous donner quelques inédits ?
Est ce que ça ne risque pas de "semer le titanic" ?
Je l'aime bien celui-là, mais n'est-il pas un peu capillotracté ?

As-tu d'autres projets de livres ? Sur quoi porteraient-ils ?
En dehors de la suite de LAPSUS, je travaille sur plusieurs séries de photos notamment une sur les insectes.
Il y a aussi un projet qui s'appelle "DREAM" : entre la photo,  l’illustration et la peinture, où l’image sème le trouble. Des images mystérieuses mais qui nous ramènent à des souvenirs.
Une madeleine de Proust en images.

En-dehors des livres, ou peut on voir ton travail, et quels sont tes projets futurs ?
On peut s'esbaudir de mon travail sur mon site bien sûr : http://laurence.soulez.free.fr

Quant aux projets futurs, en-dehors de ceux que j'ai déjà mentionnés, j'ai une petite fille à éduquer, elle ne parle pas encore, et, autant que faire se peut, je vais me débrouiller pour lui apprendre à parler un français "implacable" !

Merki beaucoup