Warum

Geraud


Jeune dessinateur lyonnais, Geraud a fait ses premières armes dans le dynamique collectif Arbitraire. Son style graphique est à rapprocher d’un François Avril ou de la stylisation d’Aude Picault, le côté trash en plus.


Bonjour, peux-tu nous présenter un peu l'auteur de l'Obsédé ?


Digne descendant d’un grand-père allemand de la Wehrmacht, d’un père qui tient un bordel au Nigeria et d’une mère punk (c’est son blouson que je porte) en Angleterre sous les années Thatcher. 


Bac après moult péripéties à Bordeaux. Puis une école de dessin à Lyon, dont j'ai été viré.

C’est dans cette école que les membres du collectif Arbitraire se sont rencontrés.


Ma vie tourne principalement autour de la femme et du dessin.




Quelles sont tes références artistiques ?


L’humour bête et méchant (journal HARA KIRI, Michel Müller, Groland, Southpark), les films de série B des drive-in américains et  le cinéma en général.


J’ai découvert l’alternatif à la fin de mon adolescence grâce à Peep-show de Joe Matt et L’âge ingrat de Chauzy.

Pour le graphisme, mes principales influences sont le peintre Matisse et Reiser, mais aussi le Meder de Jc Menu (une vraie bombe), Pravda de Guy Peellart, totalement psychédélique, 676 apparitions de Killoffer, époustouflant, Notes pour histoire de guerre de Gipi qui prend aux tripes et Studio de François Avril, très classe.

Je citerais aussi l'humour de SuperNegra de Winshluss et le Devil’s Milk de Stumead, complètement dérangeant.


Pour le fond et la narration, j'ai surtout été marqué par Constellation et Lupus de Peeters ainsi que par le travail autobiographique de Mattt Konture.


Et Tintin au Congo, bien sûr!

L'Obsédé te ressemble beaucoup physiquement... Est-ce que ce serait un livre autobio ?


Non ce n’est pas autobiographique.


Ce personnage me ressemble physiquement parce que si ce n'est pas moi, c'est au moins un trait de ma personnalité hyper-extrapolé.

Un moi, peut-être refoulé, qui réalise mes fantasmes ou mes purs délires.

Mais même si j’en avais vraiment la possibilité en toute impunité, je ne pense pas que j’agirais ainsi.

Mon personnage n’a pas conscience des conséquences de ses actes. Il agit uniquement pour son propre plaisir, il ne connaît pas la frustration et assouvit ses désirs au détriment des autres.


Le dessin permet de m’éclater, de vivre ces aventures par substitution, de canaliser mes délires.

Un peu comme Belmondo dans le Magnifique.




L'Obsédé est visiblement un mâle alpha très misogyne, le livre est assez violent : toi-même comment te positionnes-tu par rapport à la femme ?


La Femme est le thème récurent de mes histoires.

Toutes mes périodes de vie sont régies par au moins une femme que j’ai aimée ou que j’ai désirée. 
Je suis obsédé par la Femme. Une sorte de fascination mêlée de rejet.

Elle peut me rendre heureux ou malheureux. Elle est l'objet de la plupart de mes névroses. Je l’aime, je la respecte, mais à la fois non. 
C’est un mélange subtil de haine, de passion, de désir et de domination.

Mais oui, c’est bien quand on est en paix avec Elle.



A ton avis, quel va être l'accueil réservé à ce livre ?


Il est pour un public ouvert, pour un public qui veut rire. 

Ce bouquin peut sans doute aussi choquer.


Je n’ai pas cherché à ce qu’on approuve les positions du personnage sur l’homosexualité, la religion, la politique ou le féminisme.

Ce livre est juste un condensé de fantasmes, il ne faut pas prendre au sérieux. J’espère que beaucoup de filles (avec des oreilles de lapins ou pas) apprécieront le livre.




Tu fais partie du collectif lyonnais ABRITRAIRE : peux-tu nous parler de cette expérience ?



Ce collectif est constitué de quatorze dessinateurs en tout.


Nous éditons une revue de bande dessinée alternative au tirage de 800 exemplaires environ diffusé nationalement en librairies par notre propre réseau.


En plus de la revue, nous éditons les livres des auteurs qui font partie du collectif, mais à un nombre d’exemplaires plus réduit.


Les livres sont faits à la main (massicot, agrafage, rainurage, collage, sérigraphie) avec un souci du livre-objet (choix du  papier, qualité de l’impression)
.

Nous sommes une structure de micro-édition, nous nous situons entre le fanzine et les maisons d’édition indépendantes. Cette autonomie nous permet de réaliser de A à Z le livre que nous souhaitons, même si notre diffusion reste encore confidentielle.



Le fanzine permet de nous entraîner, de développer notre dessin et de trouver nos histoires, notre narration, nos thèmes.

On peut d’ailleurs retrouver une histoire de l’Obsédé dans Arbitraire 4 qui date de deux ou trois ans environ. Le dessin et l’histoire ont changé, mais la graine était plantée. 


Un fanzine est souvent un laboratoire d’expériences. Tout est brut et plein de belles surprises. 



On a vu dans la dernière revue Arbitraire des pages du Viking, un personnage très proche de l'Obsédé, quelles sont les différences ?



L’Obsédé vit dans une représentation de la réalité, et le Viking est transposé dans un univers fantastique apocalyptique.


Il n’y a pas de différences psychologiques entre eux, ils vivent pour eux, sur l’instant, et sont impulsifs. Seul le le contexte et la narration changent.




Quels sont tes prochains projets ? 


Pour le moment, je suis en train de réaliser le premier volet du Viking.

Mais le format de la collection poche de l'Obsédé m’a bien plu...